Qu'elle dévale des
pentes en flots tumultueux ou, plus sagement, qu'elle
prête un miroir coloré au plus sévère des glaciers, l'eau
est présente sous toutes ses formes en Oisans. Au petit
matin, elle dévoile des sommets en tenues vaporeuses.
Au fond des vallées, elle forme des rivières presque apaisées
ou de puissants torrents aux lits démesurés. Sur les pentes,
elle dégringole les parois, rebondit sur les rochers en
un vacarme assourdissant. Rien ne l'arrête, elle peut
tout emporter sur son passage, rendre périlleux le moindre
sentier et fermer la route en avalanches de pierres et
de boue mêlés.
Elle incarne ici le désordre et la force de la vie, relie
le désert minéral des sommets au village souriant de la
vallée.
Les lacs polaires et les lacs glaciaires ne dégèlent que
2 à 3 mois dans l'année (lac des Quirlies, lac de Plan
Vianney). Les lacs de pelouse ont 4 ou 5 mois de liberté
pour accueillir la vie. Le lac Lauvitel est le seul grand
lac d'altitude de la région, il dégèle pendant 7 mois,
atteint 68m de profondeur et une superficie de 37 ha.
L'activité des cascades et des torrents est soumise à
d'énormes variations saisonnières et journalières. La
fonte d'un glacier confère à ce torrent une grande puissance
en été tandis qu'avec la fonte des neiges le débit de
son voisin atteint son apogée au printemps. La pluie peut
transformer le moindre ruisseau asséché en un torrent
dévastateur lors d'un orage d'été ou à l'occasion d'une
pluie d'automne. Les variations se font sentir même en
journée : ce torrent franchi sans difficulté le matin
se révèle périlleux en fin d'après midi avec l'accélération
de la fonte d'un névé ou d'un glacier. Chaque torrent
a son caractère, une combinaison savante de différentes
influences tempère ou perturbe son parcours.
Enfin avec le lac du Chambon, installé sur la Romanche,
l'eau est encore présente sous sa forme artificielle la
plus spectaculaire : un lac de barrage construit entre
1929 et 1934. Une surveillance toute particulière est
mise en oeuvre actuellement pour ce barrage atteint du
" Cancer du béton " qui n'échappe pas aux lois de la nature
et de la vie. L'eau, retenue naturellement ou artificiellement,
recherche sans cesse sa liberté, elle infiltre, déborde
ou repousse le moindre obstacle sur son chemin.
En Oisans, l'eau vit intensément !
Oisans
entre Bourg d'Oisans (38) et le Col du Lautaret
(05)
Taillefer - Août 2007